Table haute, rock criard, demis colorés entre les mains, braguettes à gogo au-dessus du comptoir, atmosphère sombre et petites étoiles en pagaille sur la tenture du dessus de la scène, un décor un peu spécial pour te retrouver.
Un an, un an déjà que tu n'étais pas venu. Un an, parfois c'est court, parfois c'est quand même un peu trop long. Comme si la vie avait tracé sa route, j'avais déjà eu cette impression avec toi. L'impression d'être dans deux trains différents et qu'ils ne vont pas dans la même direction. Au début je te vois à travers les vitres, après je lâche l'affaire. Et l'espoir qu'on se recroise peut-être au hasard des gares.
C'était un peu comme ça cette fois-ci, on s'est retrouvés face à face, conscients d'être revenus volontairement mais un peu là par défaut, avec nos rancoeurs et nos excuses, il a fallu quelques bières tout de même pour que tout redevienne, comme on dit, "comme avant".
Et voilà tu es là. Simon fait un peu la gueule de voir qu'il n'est pas le seul homme dans ma vie, mais c'est parce qu'il ne sait pas tout. Il ne sait pas qu'entre nous c'est un lien qui n'a rien à voir avec l'amour, l'attirance ou n'importe quelle autre forme d'attrait sexuel. Il ne sait pas que quand on est tous les deux c'est un peu comme si on revenait chez nous. Et pourtant on lui a montré.
On a sorti les guitares, soufflé la poussière, accordé nos cordes et nos voix, je fais la rythmique tu fais les solos, comme au bon vieux temps. Et ce bar, l'Autan, "the debil rock bar", où tu me parles de hip-hop et où je te parle de punk, et où on parle de famille, toi avec tes parents toujours ensemble qui ne parlent jamais vraiment d'autre chose que du temps, et tes frères et soeurs, moi avec ma mère adolescente, mon père alcoolique et mégalomane, et mon petit frère toujours souriant. Seule conscience commune : "ah ouais, on en a fait des conneries, et n'importe qui peut mourir demain, fais pas le con."
On rembobine et on sourit.
Quelques bières encore, et cigarette sur cigarette, dire que politiquement on est même pas d'accord, c'est marrant comme on s'en sort bien quand même. La politique c'est pas ta vie, t'y connais rien et tu t'en branles, tu sais juste comment tu te fais enculer à longueur e journée, ça me suffit. Je sais qu'un jour tu comprendras, je sais que t'es loin d'être con. J'ai pas besoin, même pas envie de faire des discours comme j'en fais souvent aux autres, t'es pas comme ça toi.
Alors on parle d'autre chose, essentiellement de tes amours libertines et de mon amour passionnel, on se comprend tous les deux et c'est ça qui est marrant. Je reconnais chacun de tes mots et toi chacun des miens, on a grandi tous les deux depuis le temps, presque comme si on avait inversé les rôles. 3 ans seulement, t'y croyais pas hier, tu disais "putain, on m'aurait demandé j'aurais dit 6 ou 7 ans, et c'est quoi cette merde on s'est vu 2 fois en 2 ans !". Ben ouais tu vois, seulement 3 ans qu'on se connaît, et pourtant.
Hein, voilà mon mot de la fin pour la chanson, on sourit et on se retrouve, les rancoeurs et les excuses et puis on y retourne. Merci.