Propension Coeur D'Artichaut.["Il y a deux jeunesses: celle qui agit, pour le bien ou pour le mal, peu lui importe, et il y a celle qui possède le luxe de réfléchir, qui peut se permettre de juger, de rêver, de prétendre à des aspirations nobles : on est tous frères quand on naît dans la soie et il n'y a pas beaucoup de suicides chez les fils de la misère."]
Un peu Trop Loin Du Soleil...
http://20six.fr/bigou
Hébergé par 20six.fr
|
|
Belle.
Quelqu'un a écrit dans mon livre d'or : "qui es-tu pour ne croire qu'en toi et t'aimer si peu ?" Bonne question. Ma vie va bien. Finalement, le bonheur ressemble étrangement à quelque chose d'a-personnel. Ma vie va bien, c'est pas vraiment comme dire que moi, je vais bien. Le temps passe, doucement, pourtant les jours défilent, j'ai même du mal à les retenir.Je tricote mes pensées, dans l'espoir d'en faire un jour quelque chose, qui sait. La philosophie, la politique et la baise, comme d'habitude. Je ne saurais trop décrire cette plénitude de ma vie, le calme de l'urgence, je suis là, c'est tout. J'ai presque renoncé à respirer plus fort, à tout vivre tant qu'il est encore temps. J'ai déjà tout vécu, de toute façon. L'amour, la passion, la violence et la solitude. La gloire, l'amitié, la fusion, la musique. Le calme, l'urgence, la peur, tout je vous dis. Je me demande ce que font les autres. Comment vivent-ils jusqu'à vieux? Comment font-ils pour ne pas s'ennuyer? D'où leur vient cette angoisse de la mort, que reste-t-il à vivre qui ne soit pas déjà vécu? Comment devient-on vieux, sans idéal et sans histoire à reconstruire ? Je ne sais pas. A 21 ans, presque 22, elle est belle ma jeunesse, elle me permet de me tenir droite devant tous ceux qui dsent que je me rangerai avec l'âge. Je suis déjà vieille, j'ai déjà tout vécu. Alors le matin passe comme le reste de la journée, je suis toujours la même. J'ai même construit un semblant de stabilité, ce qu'il me restait à connaître. Voilà. Et maintenant, je fais quoi ?
|
|
|
Après-coup.
Je reviens de loin, doucement, et suis encore probablement en chemin. Même que c'est peut-être ça être adulte, ne jamais ré-approcher les choses avec candeur, et toujours avec l'appréhension de la douleur expérimentée ou expérimentable. Elle est loin derrière, la tête droit dans le mur avec les yeux fermés. J'ai des envies d'amour brut, sans lendemain qui tache. Comme avant, avec les garçons dans mon lit, quand y avait pas encore d'après. Mais c'est trop tard maintenant, j'ai tout goûté, tout testé, je connais les odeurs, les mimiques, les gestuelles. Je connais les erreurs, les pièges, les enjeux. Si je te regarde au fond des yeux maintenant une chance sur deux que tu partages mes draps dans deux heures. Je connais les ratés, les statistiques, dès lors ils m'effraient. Alors on s'approche avec lenteur, on se fait pas de promesse, on s'aime quand même, oui, mais on se pose des questions. On recule, on trempe les orteils, on saute plus sans réfléchir. On fait l'amour, on se relâche, on finit toujours par se reprendre. On se donne par bouchées, on y prend goût, parfois on tend la main, on la retire comme si ça brûlait. On a peur, tout simplement. On dit qu'on pense pas à demain pour rien se promettre, la vérité c'est qu'on y pense, on pense même qu'à ça. Des fois, on a envie de faire confiance, on soulève les carapaces. On met même des grands coups de pied dedans. On pleure plus jamais vraiment, on se dit qu'on est trop vieux pour ces conneries. La vérité c'est qu'on est pas trop vieux, on est juste trop faibles, on sait à quel point ça fait mal, on n'est plus prêts à vivre la douleur à fond, comme si on expiait de nos absences. On se doute. A deux. Même que par moment, on le dit à voix haute, comme si on avait passé l'âge de ne pas s'imaginer vieillir ensemble. On fait semblant d'être jeune, baise et tais-toi, moi non plus j'm'attache pas. On fait semblant d'en avoir rien à foutre, d'aimer à tours de bras. On n'aime plus sans restriction, on sait combien la chute est dure, on est déjà tombés trop de fois...amoureux. On s'apprend. Parfois, on a des élans, de passion ou de délice, d'orgasmes. On ose encore se perdre, mais on regrette ensuite. Je lâcherai plus sur rien. J'ai commencé à me chercher, fatale erreur, s'il est une certitude, c'est celle de ne plus me trouver. Mais j'ai mes acquis, comme en politique, on appelle ça l'expérience de terrain. Et sur ceux là, je lâcherai plus. Jamais. J'ai trop peur de me perdre. Propension coeur de pierre, coeur d'artichaut, finalement c'est la même chose. Dans le fond, c'est juste aimer assez de gens pour ne jamais en aimer un d'un seul coup. J'suis plus entière, tu comprends, j'ai trop de choses à reconstruire, et j'ai plus envie d'avoir mal. Pourtant, j'aurai mal à nouveau, je mets juste plus longtemps à m'y résoudre. Dernière génération d'ultra-individualistes post-soixante-huitards, on est trop cons pour s'aimer, trop seuls pour vivre à deux. On s'y essaie quand même, on a envie d'y croire, on se quitte dans la douleur ou dans la lassitude, dès lors qu'on a explicité assez de raisons pour ne pas être ensemble. Les cartes sont données au début de la partie, on est sûrs de perdre, on joue quand même. L'amour, ce grand jeu, t'façon y a pas de gagnant. On finira déçu d'avoir perdu du temps ou d'être le seul à y croire encore. On finira écoeuré ou triste. Dégoûté ou souffrant. On se jettera des pierres, la faute à qui et toutes ces conneries, on se reprochera dix mille trucs, on s'en voudra, on regrettera certains mots, gestes ou omissions. On refera l'histoire en boucle dans notre tête, en cherchant les faux pas, on se mordra les doigts, on se rongera les ongles, on serrera les dents, on encaissera une fois de plus, on attendra que ça passe. Je pleure plus d'amour tu comprends, c'est pas faute de le vouloir. J'aimerais bien qu'ça sorte. J'aimerais bien être vide. Mais j'ai trop pris dedans, et puis j'ai trop peur de reprendre, alors je laisse rien sortir. Ça me bouffe de l'intérieur, ça me reste sur les tripes, ça dort au fond de mon ventre. Du bout des lèvres, une cigarette, un sourire, un baiser. On s'appréhende.
|
|
|
Et.
Le temps est passé à coup de secondes interminables et j'ai grandi. Belle gueule, fière et hautaine, moche du matin, compassion et angoisse. Le vent a soufflé, les murs ne me semblent plus si roses, elle est partie, la seule sœur que j'aie jamais eue. Elle est laide, vilaine et étrange, je ne l'ai plus jamais connue. Toi. Tu n'as plus rien à foutre dans ma vie. Tu es partie.
Finalement, ils sont tous partis, les uns après les autres. Seuls les rêves, qui parfois encore s'émiettent de patience et de confusion. En fait, ils sont encore là. Oppressants. C'est moi qui suis partie. Dans ma tête, après l'Inde, avec des mots, même la plume a fini par s'envoler. Je suis partie, déçue. J'ai laissé les gens errer en fantôme dans ma vie, ils m'oppressent, m'oppressent de toute leur vie, de tous leurs sourires, je suis partie dans ma tête et je n'ai aucune envie de revenir. J'ai grandi. C'est peut-être ça être adulte, se faire chier. Avoir conscience de ses limites. Je ne suis ni belle, ni intelligente. Deux grosses limites, même si je ne suis ni moche ni conne. Je me suis déçue aussi. De là à savoir quoi faire, j'ai tout raté. Les gens m'ont déçue. A apprendre à les connaître, je me suis trouvée délaissée, lassée du vide, incapable d'un retour à la normale. Je ne suis pas triste pourtant. Le confort n'est pas un idéal. J'avais les nerfs en pelote, le cul entre deux chaises, entre autres j'attendais qu'elle revienne, j'attendais aussi de repartir. A quoi ça rime, ces conneries ? La lutte seule est revenue. Comme unique raison d'être, comme seul attrait. Dix minutes pour écrire un tract, je m'énerve, parfois je rencontre des gens intéressants, ils me semblent inaccessibles. Et les autres sont bêtes, même méchants. La lutte seule est revenue. Je n'ai d'autres motifs que me battre pour me battre, vivre pour crever et crever pour vivre. Imaginer autre chose. Produire autre chose. Le mettre en place. Avec d'autres gens. Parfois dans un lit. Mais la vérité, c'est que je fais semblant de rien. A trop tuer mes instincts je finis par les perdre, éternels fantasmes et foutu bordel. Alors oui, la lutte est revenue. Et heureusement.
|
|
|
Retour
Bzzzzzzzzzzz Boum. Bienvenue en France. J'ai démultiplié mon réseau social, je suis une étudiante modèle, militantisme et estudiantarite aigüe, bronchite parce que le jour où j'arrêterai de cloper, hein... Et puis voilà. Parfois, un coup de fil, et toi que deviens-tu. J'aime les gens et j'ai rien à leur dire. J'ai du mal à poser mon cul quatre heures sur une chaise à écouter la casuistique récurrente voire excessive d'ex-normaliens en mal de cerveaux attentifs pour se pencher sur la critique rousseauiste de la culture des sciences et des arts et de l'inégalité parmi les hommes. Mon dieu c'est merveilleux. Entre deux théorèmes logiques et autres tautologies, je fais une traduction décadente d'inutilité de l'introduction des Principes de la philosophie du droit de Hegel. Heureusement, de temps en temps un prof politiquement intéressant m'interpelle et un autre genre parisien-balais-dans-le-cul (désolée pour les Parisiens qui liront ces lignes) me passionne. Parlez-moi encore de déduction naturelle et des oppositions métaphysiques entre Nietzsche et Bergson. Même si, pour beaucoup, ça ne sera jamais que de la branlette intellectuelle. Après, quitte à devoir trouver de quoi manger, je préfère ça que les mains dans le cambouis. Loin du jugement de valeur, j'ai bien conscience que les études, jusqu'à preuve du contraire, c'est tout ce que je sais faire. Alors je reviens d'Inde, c'est vrai. Là-bas, j'avais l'impression d'être jamais partie. Ici, j'ai l'impression d'être jamais revenue. Boum. On m'appelle, parfois, souvent. Beaucoup de gens ont oublié mon numéro et beaucoup plus m'ont oubliée moi. Une autre, encore, ne m'appelle que par intérêt. Et si pour eux c'est tant mieux, pour elle c'est tant pis. Je trace ma route. J'esquive les impulsions libidineuses et les remarques professorales, je réécris, dans un petit cahier, et j'emmerde au passage la pétasse qui m'a offert un super carnet à dessin et un bloc de post-it "la sauvage" que j'aurais super bien pris s'il avait été offert par n'importe qui sauf elle. Entre rédaction d'affiches et discussions passionnantes, je dors à l'aurore, voire, je préfère ne pas me coucher pour être capable d'aller en cours le lendemain. Alors, je deviens quoi ? Rien. Je m'emmerde, je me passionne, je me love dans les bras de mon chéri d'amôûr, j'étudie de la merde, je flambe le peu de thunes que j'ai dans les restos asiats les plus accessibles du centre ville, je fais l'amour, je fume, je lis, je mate un film de temps à autre, bref, la vie ordinaire d'une post-ado en mal de révolution.
|
|
|
Indifference et reves en vrac.
J'me sens legere, comme liberee. La clope au bec, comme d'habitude, et les cheveux longs qui trainent sur l'oreiller. J'ai decide de les envoyer se faire foutre. Que tout ca n'est pas tres important. Que c'est meme minimal. Je prends de l'age et je lis Kundera. Et c'est peut-etre pas si independant que ca en a l'air. J'ai jamais ete une pro de la reconciliation et toi aussi ils t'ont trahi. Je n'irai pas sourire de glace encore moins pleurer a chaudes larnes. Ma revolte est passe au cran superieur tu vois, ca fait bien trop longtemps que je regarde le monde de haut il fallait bien que ca arrive : j'ai cesse de lui accorder de l'importance. Boire un bailey's, faire l'amour sous la couette et me reveiller heureuse. J'ai decide de m'en foutre, et c'etait la meilleure chose a faire. Pourtant, ca fait longtemps. Longtemps que je regarde mes contemporains comme ils regardent la television, longtemps que j'ai ferme leurs livres qui me fatiguent plus qu'ils ne me distraient, longtemps que je suis devenue sourde a leur radio, leurs summer pains, longtemps que j'ai jete leur mode et j'ai meme fini par acheter une machine a coudre. Et oui, si je parle trop c'est pour pas avoir a t'ecouter. Le monde exterieur en est arrive a m'indifferer. Je meprise l'immense majorite de mes semblables et compte les gens que j'aime sur tous les doigts de mon corps. Et croyez-moi, ca fait pas des masses, proportionnellement. D'un autre cote, j'en viens a donner trop d'importance au reste. Ce qui me touche, a proprement parler. Vous, les quelques uns, et puis mes ideaux. Brule un drapeau noir tu seras sur de me blesser. Si tu ne fais pas partie des 99,99% des gens dont je me branle litteralement. Ou alors vas-t'en dans une autre ville. Avec d'autres gens que tu aimes, peut-etre, surement plus que moi. Avec d'autres ideaux, le meme drapeau, la meme revolte. J'aimerais te mepriser, mais j'ai pas de raison valable. Alors je t'aime. Et vas te faire foutre.
|
|
|
Destination finale, J - 8
Dormir. Pas le temps de dormir. Y a encore un mois je trouvais ça long et maintenant je vois les jours défiler sans avoir le temps de faire quoi que ce soit. Putain, comme ça passe vite. Même pas le temps de dire aux gens que je les aime, que 8 mois c'est pas si long, qu'on se revoit demain, qu'il faut garder le sourire. Même pas le temps. 5 heures d'attente à l'ambassade de l'Inde, pour poser les passeports, encore 5 heures pour retirer les visas, pas les moyens de me bourrer la gueule à Beaubourg, Paris si vite, Paris trop grand, Toulouse trop loin. Et maintenant ? Maintenant je compte les jours, je fais les listes, ô mon amour, continue de ne pas avoir peur, j'ai bien assez peur pour deux. Maintenant je me rassure, dans 8 jours il fera 30°C et je reviendrai bronzée. Rassurée quand je pense au retour, promis je m'achète un perfecto. Ma p'tite gueule d'arabe quand j'ai un peu trop pris le soleil, je l'exhiberai "hochnasig" sur les boulevards de la ville qui ne me paraîtra plus si rose. Penser au retour. Pour pouvoir me retourner sans avoir mal au ventre, sans avoir mal au coeur. Même si j'y crois pas. Même si je sais pertinemment que ça n'a aucun sens. Manon qui pleure quand je m'en vais, je tourne la tête avant que la première larme ne coule, trop tard, mon menton se crispe, serrer dans ses bras des gens à les en étouffer, dans 40 secondes je dois être dans la voiture qui nous emmène au péage pour faire du stop pour Paris. 40 secondes avant la fermetures des vannes, c'est pas tenable. 40 secondes pour peut-être ne pas rater la révolution, c'est maintenant ou jamais. Ca sera jamais, le coeur qui bat à mille à l'heure je remonte la fermeture de mon blouson, un sac de quarante kilos sur une épaule et la tête de ma meilleure pote sur l'autre, je me retourne, ferme la porte, je trace, pas le temps de réfléchir. Je veux pas prendre ce putain de temps, mes pieds me sortent de là avant que mon cerveau ne se mette en marche. Juste à temps. Comme en haut de la nacelle avec Camille avant de sauter de 60 m à l'élastique. Comme un putain de saut à l'élastique. Ne pas réfléchir. Il faut savoir se décider. Un peu de fierté, de cohérence que diable. Alors voilà. 6 voitures plus tard, Paris. Paris qui fourmille, Paris qui résonne, Paris ligne 13, Paris place Clichy, Paris XVIème quand il faut faire la queue, histoire d'être sûr que t'achèteras pas une chocolatine en attendant. Et les cafés, z'auriez pas une poche pour les porter ? Eclats de rire, Toulouse est bien loin déjà. Mais encore trop proche dans ma tête. Parisiens étonnés "vous avez pourtant pas tant d'accent", tu réponds, à moitié morte de rire "tu sais, y a des gens normaus à Toulouse", mais putaing, toi tu l'aimeuh l'acceng du sudeuh. Mini courses pour 19,50 €, ça fait un peu mal au cul, tu compenses avec le plateau de sushis à 5,50, cher la journée sur Paris, heureusement que Simon est un névropathe du sautage de métro, à 1,50€ le ticket de métro tu te dis qu'ils sont carrément barges. Et 500€/mois le studio de merde, jamais, jamais. Train, 140 bornes plus tard me voilà à Bernay, chez les vieux de Simon, bonjour et merci, sourires et politesse, mal à l'aise et chambre humide, sexe silencieux et jeune fille bien présentable. Et non merci, j'ai plus faim. Re-train, grugé cette fois, 540 km plus loin me voilà dans les Vosges, là d'où je vous écris. Bonjour maman, tata, tit reuf et mamina, parle pas politique et prévois à bouffer pour demain parce que tu vas finir sur le carreau. Noël en famille, 3 jours pour dire au revoir avant de redécoller, je suis une magnet accrochée au gré des humeurs à plein de frigos différents. Dormir, s'il-vous-plaît, dormir. Dormir ? Pas le temps de dormir. Demain Secu, poste, courses, trousses de secours et ordonnances. Quelques heures seulement avant ce putain de réveil.
|
|
|
Les nerfs !
Les nerfs, c'est beaucoup de choses pour nous tous, et pour moi, en ce moment. Un nerf, coincé dans l'épaule, qui fait mal, mal, mal, qui me donne envie de casser tout et n'importe quoi, de taper dans les murs, dans les gens, dans la vie. Tenir ses nerfs, en ce moment, tenir mes nerfs parce qu'un rien m'énerve, et pas seulement parce que je suis en période prémenstruelle. Tenir mes nerfs parce que les gens s'en vont, parce qu'un jour ils te disent "ça fait du bien de voir qu'il y a des choses qui ne changent pas", et après c'est eux qui changent. Qui te disent que tu touche pas à leurs potes mais qui se font eux-mêmes potes avec des gens qui veulent te toucher, et même un peu plus que te toucher. Parce que les gens te disent que t'es leur meilleure amie et puis un jour ils s'installent avec toi et la vaisselle prévaut sur l'amitié. Tenir mes nerfs, parce qu'à la fac il pourrait se passer des choses et qu'il ne se passe rien, qu'après ça me saoule, que j'y fous plus les pieds et que ça me retombe sur la gueule, qu'on me sort que je suis comme les syndicalistes par opposition aux autonomes, tout ça parce que je refuse d'aller péter un truc quand on me le demande 5 minutes avant, alors que j'étais la première à la faire avec une nuit de préparation, ne serait-ce que psychologique. Tenir ses nerfs, finalement, c'est aller un peu fort sur la vaseline. Avoir les nerfs, parce que j'ai la rage, envie de me battre, envie de tout bouffer, envie de vivre. Envie de me barrer. Avoir les nerfs, parce que j'en ai ras-le-cul d'ici, parce que même si je le mets pas sur un plan politique je trouve que les gens sont cons, putainement cons, affreusement cons. Putaing cong. Voilà, avoir les nerfs, parce que tu fais confiance et t'as tort, et que ça fout une grande claque dans ta gueule quand tu t'en rends compte. Une putain de grande claque dans ta gueule. Et maintenant, tu fais quoi ? Tu serres les dents, les poings, tu fais passer tes migraines à grand coup de cachets d'aspirine. Et puis lâcher ses nerfs, piquer sa gueulante, en balancer plein la gueule à ceux qui t'oppressent, qui te bouffent. Lâcher mes nerfs, d'un coup, même si et surtout si ça blesse ceux qui sont en face. On est quittes, ou pas. Et va te faire foutre. Lâcher ses nerfs, surtout quand t'as plus du tout envie de les tenir, t'as juste envie de gueuler, taper, hurler, frapper. Allons-y gaiement. Taper sur les nerfs. Des gens que t'aimes et qui te supportent. Taper sur les nerfs, alors que t'as pas envie. Faire chier par principe, alors que tes principes tu t'en branles quand t'es avec eux. Taper sur les nerfs, parce que t'es comme ça. La chieuse de service. Toujours. Pas parce que t'aimes ça. Pas parce que t'as envie. Tu sais pas pourquoi, amis quand les gens te font du mal, même sans le vouloir, tu peux pas t'empêcher de bondir. Détendre, calmer ses nerfs. Quand t'es dans ses bras, que y a plus rien qui compte. Quand tu fêtes ton anniversaire avec les gens que t'aimes. Quand t'as 20 ans. Quand tu te bourres la gueule à l'absinthe, au pastis et au rhum. Même pas de bière, pour l'occasion. Quand tu joues au tarot pendant des heures, au poker et à la scopa. Quand tu fais l'amour, tendrement, en silence. Que tu te mords les lèvres pour jouïr sans bruit. Quand tu te trouves belle, le matin dans le miroir. Quand tu ris, quand tu dors, quand tu cries. Quand tu vis, enfin.
|
|
|
Deuzième dizaine.
Voilà, bientôt déjà, bientôt. Y a pas si longtemps je disais "17 ans et merde", j'aimais bien. Ca sonnait bien la petite conne un peu trop mature pour son âge qui emmerde le monde et qui sait qu'elle a raison. Ca sonnait bien la petite fille déjà un peu adulte qui baisait trop pour son âge, qui filait entre les amours libertines et les passions déchirantes, clope sur clope et noir c'est noir. Mes 17 ans, je les ai fêtés en Allemagne, Munich, Andy's bar, table du fond et chicha dessus. Mes 18 ans à Angoulême, majorité pas voulue, pas espérée. Pour la peine la garde à vue a duré un peu plus longtemps, point. 19 ans, Toulouse, restaurant japonais hyper cher mais putainement bon, bourrage de gueule et pas conscience de ce qui se passait, c'est tout. Quelques dizaines de luttes, mecs, coupes de cheveux et bouquins plus tard, j'ai toujours la même paire de Doc aux pieds et je suis de retour. Alors voilà, dans trois jours je passe à la dizaine supérieure. Je sais pas trop à quel moment les boulangères ont commencé à me dire "madame", même si la plupart m'appelle encore "mademoiselle". Plein de questions, période bilan, et moi alors, quand est-ce que je devrai écrire madame sur mes formulaires, est-ce que je pourrai revenir et ne pas regretter, est-ce que tout aura changé, et lui, sera-t-il toujours là ? Des questions en suspens, je cherche pas vraiment les réponses. J'ai repris la route, et bientôt, je prends l'avion. Destination Mumbai. 20 ans. C'est bizarre, on m'a dit que c'était l'âge de la jeunesse. Mais j'étais jeune avant déjà, et pas gamine pour autant. Alors je sais pas trop quoi penser, parfois j'écoute Léo Ferré, "pour tout bagage on a 20 ans", parfois Keny Arkana, "à peine la vingtaine, et ma mémoire est pleine à craquer, de trucs de barge que j'ai vu malgré moi et qui m'ont marqué". Voilà, 20 ans, ça y est. Nouveau départ, peut-être, sûrement. Souvent, l'envie de me battre. Pour la première fois depuis longtemps, y a deux chiffres qui changent dans mon état civil. Bon, et maintenant ? Ben maintenant, je vais essayer d'en faire quelque chose, de mes 20 ans. Et avec le sourire, s'il-vous-plaît !
|
|
|
Tibö
Table haute, rock criard, demis colorés entre les mains, braguettes à gogo au-dessus du comptoir, atmosphère sombre et petites étoiles en pagaille sur la tenture du dessus de la scène, un décor un peu spécial pour te retrouver. Un an, un an déjà que tu n'étais pas venu. Un an, parfois c'est court, parfois c'est quand même un peu trop long. Comme si la vie avait tracé sa route, j'avais déjà eu cette impression avec toi. L'impression d'être dans deux trains différents et qu'ils ne vont pas dans la même direction. Au début je te vois à travers les vitres, après je lâche l'affaire. Et l'espoir qu'on se recroise peut-être au hasard des gares. C'était un peu comme ça cette fois-ci, on s'est retrouvés face à face, conscients d'être revenus volontairement mais un peu là par défaut, avec nos rancoeurs et nos excuses, il a fallu quelques bières tout de même pour que tout redevienne, comme on dit, "comme avant". Et voilà tu es là. Simon fait un peu la gueule de voir qu'il n'est pas le seul homme dans ma vie, mais c'est parce qu'il ne sait pas tout. Il ne sait pas qu'entre nous c'est un lien qui n'a rien à voir avec l'amour, l'attirance ou n'importe quelle autre forme d'attrait sexuel. Il ne sait pas que quand on est tous les deux c'est un peu comme si on revenait chez nous. Et pourtant on lui a montré. On a sorti les guitares, soufflé la poussière, accordé nos cordes et nos voix, je fais la rythmique tu fais les solos, comme au bon vieux temps. Et ce bar, l'Autan, "the debil rock bar", où tu me parles de hip-hop et où je te parle de punk, et où on parle de famille, toi avec tes parents toujours ensemble qui ne parlent jamais vraiment d'autre chose que du temps, et tes frères et soeurs, moi avec ma mère adolescente, mon père alcoolique et mégalomane, et mon petit frère toujours souriant. Seule conscience commune : "ah ouais, on en a fait des conneries, et n'importe qui peut mourir demain, fais pas le con." On rembobine et on sourit. Quelques bières encore, et cigarette sur cigarette, dire que politiquement on est même pas d'accord, c'est marrant comme on s'en sort bien quand même. La politique c'est pas ta vie, t'y connais rien et tu t'en branles, tu sais juste comment tu te fais enculer à longueur e journée, ça me suffit. Je sais qu'un jour tu comprendras, je sais que t'es loin d'être con. J'ai pas besoin, même pas envie de faire des discours comme j'en fais souvent aux autres, t'es pas comme ça toi. Alors on parle d'autre chose, essentiellement de tes amours libertines et de mon amour passionnel, on se comprend tous les deux et c'est ça qui est marrant. Je reconnais chacun de tes mots et toi chacun des miens, on a grandi tous les deux depuis le temps, presque comme si on avait inversé les rôles. 3 ans seulement, t'y croyais pas hier, tu disais "putain, on m'aurait demandé j'aurais dit 6 ou 7 ans, et c'est quoi cette merde on s'est vu 2 fois en 2 ans !". Ben ouais tu vois, seulement 3 ans qu'on se connaît, et pourtant. Hein, voilà mon mot de la fin pour la chanson, on sourit et on se retrouve, les rancoeurs et les excuses et puis on y retourne. Merci.
|
|
|
Matins bonheur
Les heures tournent, les yeux fermés, et bientôt lui, je me réveille dans ses bras, on se sourit pendant de longues minutes, même pas besoin de mots pour comprendre je t'aime. Longtemps, longtemps rester là sans rien penser d'autre, aimer, sourire, faire l'amour. Les idéaux qui se rejoignent entre nos peaux moites, le silence et la chaleur, lui et moi, simplement. J'ai oublié d'avoir peur, d'avoir mal, j'ai repris ma vie par la main, il faut croire qu'elle a fini par m'attendre au lieu de courir loin devant. Alors je feuillette les pages du Lonely Planet Inde, des rêves plein la tête et des joies plein les yeux. Impatiente et heureuse, l'après-midi je distribue des journaux et le matin c'est juste lui, somnolente sur son épaule, je pense que oui, j'suis heureuse, et que putain ça fait du bien. On écoute du rap au réveil et du punk au coucher, les questions trouvent des réponses et la confiance est revenue chez moi, souriante, installée, elle a l'air de se sentir bien ici, de pas avoir trop envie de se casser. Matins bonheur, un rayon de soleil filtre à travers les volets fermés et reflète ses grains de beauté, sa peau brulante, aimante, nos doigts entrelacés, nos sourires un peu niais, ou juste heureux . Et demain ? Demain, matin bonheur, entre les Simpson et Keny Arkana, et puis merde, je t'aime, c'est tout. Demain un jour de moins avant le départ qui nous paraît encore si loin, demain un jour de plus à être heureux d'être à deux, un jour de plus à refaire le monde, parler politique et descendre quelques bières peut-être, aimer la vie. Demain, un jour de moins avant de partir logntemps à l'autre bout du monde, là d'où l'on n'est jamais sûr de revenir vraiment. Matins bonheur, là où les questions n'existent plus, matins bonheur, les seuls mots que je murmure et qui le font sourire. Les abdos courbaturés par le froid, réfugiée sous la couette en plume, dans la nouvelle chambre, soleil froid et sourires chauds, de l'amour, de l'amour encore, de l'amour toujours, et là je pense, ça y est hein, ça y est... Pour la première fois toute une vie ça paraît plus si long, plus si grand, juste assez pour faire des tas de choses, visiter un peu partout et aimer toujours. Plein de matins bonheur. Encore!
|
|
|
[page précédente]
|